Les missions du poste

Établissement : Université de Savoie Mont-Blanc École doctorale : Cultures Sociétés Territoires Laboratoire de recherche : Laboratoire interuniversitaire de Psychologie/Personnalité, Cognition, Changement social Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-31T23:59:59 La psychologie sociale a depuis longtemps montré que les préjugés sont liés les uns aux autres, un phénomène connu sous le nom de « préjugé généralisé » (generalized prejudice).
Autrement dit, les personnes qui ont des attitudes (i.e. des évaluations sommaires) discriminatoires à l'égard d'un groupe ont tendance à en avoir également à l'égard d'autres
groupes (Bergh & Brandt, 2023). Cette perspective se confirme lorsque l'on s'intéresse spécifiquement aux liens entre le sexisme - la discrimination sur la base du genre - et le
spécisme - la discrimination sur la base de l'espèce. Des travaux antérieurs montrent en effet l'existence d'une corrélation entre ces deux attitudes, elles-mêmes predictrices de
comportements discriminatoires. Mais au-delà de la corrélation, qui s'explique en partie par une attitude idéologique commune de soutien aux hiérarchies intergroupes (Caviola et al.,
2019), il existe un renforcement mutuel (Salmen & Dhont, 2022), suggérant un lien causal entre certains aspects du sexisme et certains aspects du spécisme (et inversement).
Néanmoins, ces relations causales restent insuffisamment étudiées. Cette thèse vise à comprendre dans quelle mesure le sexisme et le spécisme exercent un impact l'un sur l'autre,
et par quels mécanismes psychologiques s'expliquent ces effets, dans un travail en 2 axes. Dans la dernière décennie, une riche littérature en psychologie sociale a démontré que le sexisme et le spécisme sont corrélés, ce qui se traduit par des comportements genrés vis-à-vis des animaux. En moyenne, les femmes refusent plus souvent de consommer de la viande (Rosenfeld, 2018), et chez les individus en consommant, les stratégies diffèrent : les hommes revendiquent la supériorité humaine, les femmes évitent de lier la viande et l'animal (Rothgerber, 2013). Mais au-delà de cette relation de corrélation, des données suggèrent que « la dévalorisation des femmes et des animaux peut dépendre fondamentalement l'une de l'autre » (Salmen & Dhont, 2022). En effet, la consommation de viande est enracinée dans des dynamiques de genre. La viande est perçue comme masculine (Rozin et al., 2012), et en corollaire, le refus d'en consommer est associé à un manque de masculinité (Thomas, 2016). Les hommes consomment ainsi de la viande et rejettent le végétarisme de manière stratégique, pour réhausser leur masculinité, notamment lorsqu'elle est menacée (Nakagawa & Hart, 2019). À l'inverse, l'infériorisation des animaux sert de ressource pour dénigrer les groupes humains marginalisés - pouvant inclure les femmes - par le biais de leur animalisation (ou « déshumanisation animaliste », voir Costello & Hodson, 2010, 2014). Cette animalisation est inscrite dans le langage (p. ex. « chienne », « cougar ») comme dans les représentations visuelles (Bongiorno et al., 2013 ; Tipler & Ruscher, 2019 ; Vaes et al., 2011).
Malgré l'avancée du champ, des lacunes importantes subsistent. Par exemple, bien que la littérature démontre que l'adhésion à un système idéologique hiérarchique, comme l'orientation à la dominance sociale (Sidanius & Pratto, 1999) explique l'interrelation entre les discriminations spécistes et ethniques (Dhont et al., 2014, 2016), le rôle de ce construit idéologique dans l'interrelation entre le spécisme et le sexisme demeure sous-étudié. De plus, alors que l'association entre viande et masculinité est bien établie (Rothgerber, 2013), le lien entre les identités de genre et la consommation d'autres animaux, comme par exemples les poissons, est moins clair et mérite aussi un examen approfondi. Enfin, bien que la recherche se soit intéressée aux causes de l'animalisation des femmes, comme par exemple l'influence des représentations sexualisées sur l'animalisation (Bongiorno et al., 2013 ; Vaes et al., 2011) ou encore aux conséquences de l'animalisation sur les femmes (Methot-Jones et al., 2019 ; Tipler & Ruscher, 2019), très peu de travaux démontrent empiriquement que l'animalisation promeut et engendre le sexisme. Il importe ainsi d'examiner, d'une part, dans quelle mesure l'animalisation des femmes favorise chez les hommes des attitudes discriminatoires à leur égard et, d'autre part, dans quelle mesure cette animalisation affecte aussi les femmes elles-mêmes, en influençant la manière dont elles perçoivent leur propre considération morale ou encore le soutien à la violence à leur encontre, comme cela a été montré dans les travaux reliant spécisme et racisme (Viki et al., 2013). Pour finir, nous nous interrogeons également sur un aspect qui n'a, à notre connaissance, jamais fait l'objet de recherches, et visons à examiner l'impact que peut produire la prise de connaissance des liens entre spécisme et sexisme chez des femmes, afin d'identifier si cela pourrait diminuer leurs dispositions spécistes (et leurs éventuelles dispositions sexistes).
Cet ensemble de questions, qui porte sur l'étude de la manière dont le sexisme et le spécisme s'influencent mutuellement, ainsi que sur l'examen des effets de la vulgarisation de ces enjeux auprès d'un public directement concerné par ces discriminations, fera l'objet d'un premier axe de recherche.
En second lieu, la théorie du préjugé généralisé ouvre la voie à une stratégie croisée de réduction des attitudes et comportements discriminatoires : en menant des campagnes pour réduire une discrimination, il serait possible d'en réduire simultanément d'autres. Cette stratégie s'est révélée efficace pour plusieurs groupes sociaux (p. ex. Costello & Hodson, 2010 ; Lolliot et al., 2013 ; Simonovits et al., 2017 ; Vezzali et al., 2021). Néanmoins, elle a été délaissée concernant les interconnexions entre le sexisme et le spécisme, et il n'existe, à notre connaissance, aucun protocole interventionnel éprouvé permettant de les réduire simultanément. En s'appuyant sur les résultats de l'axe 1 et sur des études antérieures prometteuses, l'enjeu de ce deuxième axe est de développer et de tester expérimentalement des interventions psychosociales. Ainsi, il sera examiné si, à l'instar de travaux existants sur le racisme (Costello & Hodson, 2010, 2014), l'augmentation de la similarité humains-animaux via un cadrage expérimental peut faire diminuer des formes de discrimination comme le spécisme et le sexisme. Il sera aussi examiné si la valorisation de la féminité ou d'une masculinité alternative pourrait faire diminuer ces discriminations (Salmen & Dhont, 2022). Ici, cet ensemble de questions, qui concerne l'identification de leviers psychosociaux susceptibles de réduire conjointement le sexisme et le spécisme, l'évaluation de leur efficacité ainsi que la compréhension des mécanismes sous-jacents à ces effets, constituera le coeur d'un deuxième axe de recherche. Ce projet de recherche s'intéresse ainsi à deux enjeux sociétaux actuels et majeurs, la réduction du spécisme et du sexisme, et, tout en poursuivant un objectif épistémologique central relevant de la recherche fondamentale, adopte également une perspective interventionnelle. Le premier axe débutera par une revue de littérature visera par exemple à mieux documenter les travaux qui peut être se sont intéressés au lien entre animalisation et sexisme ainsi qu'à mieux se saisir des pistes explicatives. Seront particulièrement considérées les recherches mentionnant ou utilisant les mesures les plus influentes en psychologie sociale lorsqu'il s'agit de l'étude des discriminations, comme par exemple du sexisme ambivalent (Glick et Fiske, 1996, citée 8818 fois), du spécisme (Caviola et al., 2019, citée 603 fois), ou encore de l'orientation à la dominance sociale (Ho et al., 2015, citée 1759 fois). Cette revue ne se limitera pas à la littérature psychologique portant explicitement sur les liens entre sexisme et spécisme, mais intégrera également des travaux issus de disciplines connexes, comme la sociologie et la philosophie, dans lesquelles ces objets ont également été largement investis. Cette revue fera l'objet d'un préenregistrement sur une plateforme adaptée, par exemple PROSPERO. Ce premier travail nous permettra non seulement d'identifier les principales zones d'ombre du champ, mais aussi de repérer le matériel expérimental, les mesures mobilisées, ainsi que les effets statistiques déjà observés, afin de construire les designs des études ultérieures et de formuler des hypothèses directement testables et opérationnalisables pour la suite du projet.
En complément de cette revue de littérature, nous réaliserons aussi des enquêtes observationnelles destinées à quantifier et à mieux comprendre la relation entre spécisme et sexisme. Ces études permettront notamment d'examiner plus précisément le rôle de l'orientation à la dominance sociale dans cette relation, en testant dans quelle mesure ce construit idéologique contribue à expliquer leur covariation. Elles permettront également d'explorer plus finement les liens entre identités genrées, en particulier la masculinité et les régimes alimentaires des individus. Dans l'ensemble, cet axe méthodologique visera donc à produire une base empirique solide permettant de mieux comprendre les relations réciproques entre sexisme et spécisme, d'identifier les mécanismes les plus plausibles de leur articulation, et de préparer le développement d'études plus directement explicatives dans la suite du projet.

Le second axe, qui s'inscrit dans la continuité du premier, visera à développer une série d'études visant à étudier expérimentalement l'interrelation spécisme-sexisme par une approche psycho-sociale. Nous nous appuierons notamment sur des travaux antérieurs ayant manipulé expérimentalement la similarité perçue entre humains et animaux, lesquels ont montré que le fait de mettre l'accent sur les ressemblances entre les animaux et les humains, plutôt que sur leurs différences, augmentait l'humanisation de personnes appartenant à des groupes sociaux extérieurs, en l'occurrence les immigrés, ce qui contribuait ensuite à diminuer le racisme à leur égard (Costello & Hodson, 2010, 2014). Dans le prolongement de ces travaux, nous envisageons de répliquer et d'étendre ce protocole en y intégrant un autre groupe social pertinent dans le cadre de notre recherche, à savoir les femmes. Nous faisons l'hypothèse que la mise en avant des similarités humains-animaux pourrait, de manière comparable, accroître l'humanisation des femmes et, en conséquence, réduire les attitudes sexistes à leur égard.
Cet axe visera également à concevoir et tester d'autres interventions expérimentales fondées sur les résultats du premier axe, notamment autour de la valorisation de la féminité ou de formes alternatives de masculinité. Plus précisément, il s'agira d'examiner si des cadrages expérimentaux valorisant des identités de genre moins ancrées dans la domination, la virilité traditionnelle ou la hiérarchisation des groupes peuvent contribuer à diminuer conjointement le sexisme et le spécisme. Ces études permettront non seulement d'évaluer l'efficacité de différents leviers psychosociaux, mais aussi d'identifier les mécanismes sous-jacents à leurs effets, en particulier le rôle de l'humanisation, de la perception de similarité, de la remise en cause des normes de masculinité dominantes et, plus largement, de l'affaiblissement des logiques idéologiques soutenant les hiérarchies entre groupes. Dans l'ensemble, ce deuxième axe a vocation à développer une perspective plus appliquée, en testant des interventions susceptibles de réduire simultanément deux formes de discrimination encore rarement étudiées conjointement.Toutes nos études s'inscriront systématiquement dans le respect des bonnes pratiques de recherche et de la science ouverte (comme par exemple le préenregistrement systématique des études, ou encore le dépôt en ligne des données et scripts d'analyse ; voir Lantian, 2021), afin de maximiser la réplicabilité de nos études et la reproductibilité de nos résultats (Munafò et al., 2017).

Le profil recherché

Le profil de candidat ou de candidate qui est recherché correspond à une formation en sciences-humaines et sociales et plus spécifiquement en psychologie empirique et expérimentale. Un ancrage dans le domaine de la psychologie sociale avec un intérêt attesté pour les thématiques relatives aux discriminations est souhaité. Un intérêt pour les méthodologiques quantitatives principalement (et qualitatives de manière complémentaire), ainsi que pour les techniques relatives aux revues de littérature est bienvenu.
Un intérêt pour la diffusion de la science constitue un atout (vulgarisation scientifique et démarche de science ouverte) conformément à la politique scientifique du LIP/PC2S.

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